Histoire  du Tarot - Renaissance

Histoire  du Tarot - Renaissance

Histoire du Tarot – De La Renaissance
au 19ème Siècle

Jusqu’au Moyen Age, l’histoire des tarots est incertaine. Mais avec les 14ème et 15ème siècles, le chemin s’éclaircit, et les premiers jalons solides apparaissent: les cartes des plus vieux tarots découverts à ce jour. Puis, à partir du 18ème siècle, en France, un tournant décisif est pris: le tarot quitte sa fonction de jeu d’agrément pour (re)prendre un rôle hautement utile, celui de la divination. On se met à écrire sur le tarot divinatoire. Aux cartes conservées à travers les époques viennent s’ajouter des études écrites, des guides d’interprétations, etc. La tarot ne commence à s’appeller le « Tarot de Marseille » qu’à partir de 1859.

Clé du Tarot

Du 14ème au 15ème Siècle: Des Jeux qui Traverseront le Temps

C’est en Italie que les traces abondantes de tarots surgissent. Certaines des cartes retrouvées, issues de plusieurs tarots dont le plus ancien date de 1375. Ce sont le Tarot Milanais, et le tarot dit à tort « de Charles VI ».

On a retrouvé à Milan, dans le Castelo Sforza, six cartes d’un tarot du 14e siècle. C’est le tarot des Visconti-Sforza (1). On compte 239 cartes de tarots princiers, issues de onze paquets différents peintes à la main sur papier, en partie avec la technique de l’enluminure, par des artistes de grand talent, pour les Visconti et les Sforza, familles aristocratiques italiennes. Ces cartes à l’origine ne sont ni numérotées, ni nommées. Ce sont de véritables œuvres d’art, luxueuses et raffinées.

Le paquet le plus complet (74 cartes sur 78) est partagé entre la bibliothèque Pierpont-Morgan de New York, l’Académie de Carrare et la famille Colleoni de Bergame. On suppose que ce tarot date de 1425 et que son auteur est Bonnifacio Bembo.

Dans l’Italie du Nord à la Renaissance, on nomme ces cartes les Trionfi. Tout vient de l’ouvrage poétique que Plutarque écrit à partir de 1352 et qui inspira les arts au 15ème et au 16ème siècle. Pétrarque établit dans son recueil «I Trionfi» les triomphes successifs que tout homme vit durant son passage sur la terre et au delà: l’Amour triomphe des hommes, il est vaincu par la Chasteté, qui est vaincue à son tour par la Mort, puis c’est le triomphe de la Renommée sur la Mort, celui du Temps sur la Renommée et pour terminer celui de la Divinité (l’Eternité) sur le Temps.

Les luxueux jeux princiers de la Renaissance italienne sont des jeux éducatifs dans l’esprit de l’humanisme. Ils visent à diffuser une nouvelle culture propre à faire réfléchir sur la destinée humaine. Ils reprennent les thèmes des poèmes de Pétrarque, en mettant en scène dans des cartes peintes de façon saisissante le pouvoir spirituel et temporel, les vertus, la religion chrétienne. Tout comme le Tarot de Marseille, qui reprendra ces thèmes, ces tarots utilisent le langage visuel pour divulguer un savoir sur les choses de la vie et de la mort et initier le commun des mortels à une élévation spirituelle.

En France, les guerres d’Italie ont ouvert la voie vers les trésors culturels romains. Les rois de France de la fin du 15° siècle ont eu l’occasion de s’approprier des cartes de tarot italiens. Charles VI n‘était pas le destinataire du tarot qu’on lui attribue. Ces cartes ont été exécutées à Bologne par un artiste anonyme, qui a créé autour des personnages de ses cartes de véritables mises en scène, avec une grande puissance d’expression.

Michaël Dummett, philosophe et professeur de logique à Oxford de 1979 à 1992 a fait un remarquable travail sur ces cartes afin d’en comprendre les symboles.

On part souvent du postulat selon lequel l’Italie a été la première en Europe à utiliser les tarots pour le jeu. Les artistes payés pour produire des cartes magnifiques ont certainement puisé leur inspiration non seulement dans le «I Trionfi» de Pétrarque, mais aussi dans les tarots plus modestes qui devaient circuler dans les tavernes pour les jeux d’argent.

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Au 16ème Siècle: Le Tarot, Jeu d’Argent ou Jeu Divinatoire?

A cette époque, les jeux de tarots sont beaucoup plus populaires en Italie qu’en France. De simples jeux de loisir pour le peuple,ils sont devenus, pour les privilégiés, des leçons de vie pour l’élévation de l’esprit, codés selon les principes de l’Humanisme de l’époque (2). Et peut-être le tarots est-il passé au statut de jeu divinatoire, pour fournir des clés à ceux qui en avaient besoin pour bien mener leur vie.

Aucun traité de divination par le tarot de ce siècle n ’a été trouvé à ce jour. Si la cartomancie a existé en Italie dans les temps anciens, on suppose que le savoir sur la pratique de la divination s’est transmis oralement.

A cette époque, les cartes de tarot sont appelées « Tarrochi » en Italie et « Tarots » en France à partir de 1505. Ce nom vient du dos des cartes, tarotées, c’est-à-dire à dessins géométriques à motifs discrets, prévus pour ne pas troubler la concentration des joueurs.

La Renaissance est florissante en France aussi. Les guerres ont fait découvrir aux Français les beautés de l’Italie et l’histoire ancienne de Rome.Les soldats et plus tard les visiteurs avides de connaissances nouvelles ramènent en France des jeux de tarot, pour leur beauté artistique autant que pour le plaisir du jeu.

Les Français se mettent à produire à leur tour des tarots.Le jeu de tarot français le plus ancien en notre possession est celui créé par Catelin Geoffroy, cartier lyonnais, en 1557. On en a retrouvé 38 cartes, dont les enseignes (les dessins des arcanes mineurs sans personnage humain) sont les perroquets, les paons, le lion, et suppose-t-on, les singes (ces cartes manquent).

La forte demande (les jeux s’usent vite), les progrès de la xylographie (mode de production des cartes à jouer jusqu’au 18e siècle), la multiplication des filiales de maisons- mères fabriquant des cartes etc., tout cela fait du tarot un marché florissant et la demande en Europe s’accroît. Au 16e siècle, le tarot italo-français cohabite d’autres productions , dont un tarot belge prisé. Chaque cartier (concepteur et fabricant de cartes) produit son propre jeu, et l’exporte.

La xylographie est un procédé de reproduction utilisable à l’infini d’images par impression.Les images sont gravées sur une planche en bois, dite le moule, et cette empreinte permet une reproduction d’image sur tissu ou sur papier rapide et plus économique que le travail répétitif par des copistes.

On a découvert une planche xylographiée, produite à Milan vers 1500, dans laquelle on reconnaît aisément des personnages du tarot de Marseille, comme l’Empereur, l’Etoile, la Lune, Le Chariot… Cette feuille, un peu plus grande que le format A4, est faite de cartes imprimées côte à côte, non découpées, sans couleur. On appelle cette feuille la Feuille Cary parce qu’elle a été en possession de Melbert Cary, puis donné à sa mort par sa femme à la Yale University.

Les jeux produits au 16ème siècle reprennent la plupart du temps les thèmes développés dans les vieilles cartes italiennes, avec quelques variantes. Suivaient-ils le même modèle ou se copiaient-ils les uns sur les autres? La théorie d’un Tarot Maître se dessine.

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Au 17ème Siècle: Les Rivalités

Les tarots fabriqués à Besançon fait de plus en plus concurrence au tarot de Marseille. Alors que la France de la moitié sud se désintéresse du jeu de tarot, les régions de l’Est de la France, de la Suisse et de l’Allemagne jouent toujours aux cartes avec des tarots différents de celui de Marseille. Par exemple le tarot de Besançon a adopté Junon et Jupiter à la place du Pape et de la Papesse.Les premiers tarots de Besançon sont peut-être antérieurs aux tarots de Marseille de 1650.

Malgré le déclin du jeu de tarots dès le milieu du 17° siècle (pour une cause indéterminée), les cartiers français, en province, continuent de produire des cartes pour l’exportation. Pour susciter un regain d’intérêt, on met sur le marché des cartes à jouer à double tête, comme notre jeu de belote.

Les «Règles du jeu des Tarots», imprimées en 1637, écrites par l’abbé Michel de Marolles montrent qu’on jouait encore à ce jeu chez les grands de la société. Parce que le jeu avec les cartes de tarot était tombé en disgrâce, l’abbé avait décidé sur la demande de la princesse Marie de la famille des Nevers de redonner de l’attrait à cette activité ludique en modifiant les règles anciennes. Ces nouvelles règles ne sont pas faciles à comprendre mais le joueur d’aujourd’hui s’aperçoit que comme pour le tarot ou les autres jeux de cartes avec lesquels nous jouons pour passer le temps, certaines cartes sont plus fortes que d’autres, qu’il y a des annonces, comme les quatre reynes, les 4 chevaliers, etc.

Trois jeux restent de cette époque: un jeu anonyme, de Paris du début du 17ème siècle, un jeu complet fait par Jean Noblet et un autre jeu de 78 cartes, de Jacques Viéville. Viéville est le pseudonyme pris par un maître -cartier de Paris. A son époque, les taxes sur les jeux de cartes représentaient une part de choix du budget de l’État. On surveillait donc de près les activités des cartiers. Certains moules étaient détruits ou confisqués en représailles. On suppose que Jacques Viéville, à défaut de moules, a utilisé une astuce pour faire ses cartes: il a pris ses feuilles imprimées en noir par xylographie et les a placées sur des plaques en bois pour y graver les contours des dessins. Les images obtenues se sont retrouvées fidèles au modèle mais inversées.

Le Tarot de Jacques Viéville est particulier, parce qu’il n’est pas dans la tradition des tarots de Marseille.D’abord, les arcanes majeurs ne portent pas de nom. On devine ces noms grâce aux textes écrits sur L’As de Deniers et Le Deux de Coupe des arcanes mineurs de son tarot.Par exemple, l’Hermite du Tarot de Marseille devient Le Vieillard, le Jugement est figuré par l’expression «A son de trompe», le Bateleur est «Baga», La MaisonDieu est «La Foudre» etc. Certains numéros ne correspondent pas.Les scènes dans certaines cartes sont totalement différentes:la tour de La Maison Dieu est devenue un arbre au milieu d’un troupeau de moutons, le Pendu est en lévitation au lieu d’avoir la tête en bas, etc. La symbolique des cartes de Viéville est très riche et ce jeu reste souvent utilisé de nos jours pour la divination.

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Au 18ème Siècle: Début de l’Essor de la Cartomancie en France

Après le déclin des tarots comme jeux d’agrément et d’argent, la France découvre la cartomancie (l’art divinatoire par les cartes) (3). Cette pratique se répand avec enthousiasme.

Citons d’abord plusieurs noms de cartiers français influents: Jean Dodal (vers 1701, à Lyon), les Payon (1713 à 1745), Nicolas Conver (1760, à Marseille). Les dates font référence à la date de parution de leurs jeux de tarot. Ils nous ont laissé 10 exemplaires de tarots.

Etteilla, de son vrai nom Alliette, cartomancien de talent, simplifie les figures des lames majeures.Pour plus de précisions sur ce franc-maçon féru de cartomancie, reportez-vous à la deuxième partie de l’histoire des tarots sur notre site.

Puis on prête à Mademoiselle Lenormand, couturière de son état, l’invention à la même époque du jeu de tarot dit «Tarot (de mademoiselle) Lenormand». En fait elle s’est servi de jeux existants, en particulier de celui d’Etteilla, qu’elle avait annoté. Tous les hauts personnages de la République, du Directoire, de l’Empire, ou de la Royauté, viennent la consulter. On l’appelait la Sybille de Saint Germain.

Le regain d’intérêt pour les cartes du Tarot vient de la prise de conscience que ces cartes,  servaient à essayer de gagner des parties contre ses adversaires, ont une imagerie particulière riche en symboles. On a perdu depuis longtemps le savoir humaniste qui permettait de décrypter spontanément ces symboles, mais on se met à s’interroger sur les messages que ces cartes véhiculent. On s’en sert pour deviner les liens cachés qui mène chacun à son avenir.

Pour rendre plus agréable à l’oeil les images du Tarot de Marseille,on met les cartes au goût du jour, on y introduit de la poésie, des sentiments. C’est l’époque où l’on adopte ( à la place des bâtons, deniers, épées, coupes, et des personnages médiévaux) des scènes pittoresques et des animaux. Le tarot Lenormand est agréable pour les débutants car les figures, les symboles, sont faciles à décoder. On modernise les personnages, leurs habits, leurs accessoires, leur nom.

Citons les cartiers Madenie (1709, à Dijon), Chosson (1738), et Burdel (1745, à Fribourg), qui ont produit avant le célèbre Nicolas Conver des Tarots de qualité certainement inspirés, comme les autres tarot de Marseille, du tarot-maître. Depuis peu nous avons compris que la plupart des cartiers du 17° siècle suivaient un modèle unique, connu par les gens de la profession, qui mérite le nom de Tarot Maître.

Nicolas Conver est un maître cartier marseillais qui réalisa en 1760 un tarot pris longtemps pour le plus authentique Tarot de Marseille. On sait aujourd’hui qu’il est comme ses confrères un imitateur de talent.

A la révolution française, les dirigeants de l’An 2 font détruire les moules des cartes de tarot correspondantes à des personnages ou des éléments à connotation religieuse ou royale: les croix, les anges, les sceptres… Ils ne gardent que le diable. L’Hermite est devenu «le Pauvre», l’Impératrice et l’Empereur, «Grand-Mère» et «Grand-Père». Ainsi le nom des arcanes suspects ont été laïcisés. Remarquons que pour la raison inverse, le début du 18e siècle avait gommé par respect les noms de Pape et Papesse, leur emploi dans un jeu de cartes ayant été jugé blasphématoires, pour les remplacer par Jupiter et Junon. C’est à ces remaniements qu’on comprend l’influence des cartes du tarot sur l’esprit des gens, lettrés ou pas et le pouvoir que le pouvoir en place et l’Église leur prêtent.

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Au 19ème Siècle: La Passion pour l’Occulte

Le 19e siècle est celui de l’engouement pour tout ce qui est occulte. On utilise à partir de 1863 les termes de lame majeure/ mineure, d’arcane majeur / mineur.Les termes « Tarot de Marseille » apparaissent pour la première fois en 1859. Rappelons que ce tarot n’ a pas été produit à Marseille, son nom serait dû à sa grande popularité auprès des Marseillais.

Ce siècle est une période féconde en modifications des tarots, heureuses ou pas. L’industrie nouvelle, les progrès industriels, permettent une baisse significative du coût de production des cartes. Les nouvelles techniques d’impression changent les tracés et les couleurs des cartes, qui ont dû être adaptés aux machines de l’époque.

Jean-Baptiste Camoin, est un cartier marseillais, rival en particulier des cartiers parisiens. Il va produire en 1890 un jeu de Tarot qui reste aujourd’hui une référence, même depuis que l’on sait que la simplification des couleurs, par exemple (Camoin n’utilise que 4 couleurs, jaune, bleu, rouge, et la couleur chair), est due à un simple souci d’économie.

Camoin est un homme d’affaires qui va mettre la main sur tout le marché de la carte à jouer à Marseille. Il modernise les modes de production des cartes. Le terme de «Marseille» appliqué au tarot devient légitime.

La Golden Dawn

L’histoire du tarot prend un tournant décisif à la fin du 19e siècle. Trois membres de la SOCIETAS ROSICRUCIANA forment l’ordre Rosicrucien de l’Aube Dorée (la Golden Dawn), aux Etats-Unis. La Golden Dawn fait coïncider le tarot avec la Kabbale (l’élément mystique du Judaïsme, la croyance kabbalistique des 22 chemins de la vie).Elle utilise aussi les planètes, les signes astrologiques, pour interpréter le Tarot.

Waite a conçu avec Rider son tarot en fonction des symboles. Ils les a mis en images foisonnantes de détails, agréables à regarder et aux significations faciles à lire.On est loin des mises en scène réduites du Tarot de Marseille et de la liste minimaliste des couleurs.Les personnages sont vivants. On comprend la grand popularité du RIDER-WAITE dans le monde entier.

L’idéologie de la Golden Dawn a donné naissance au cours des années de fin 19° siècle et du 20° siècle à d’autres tarots, dont le moins réussi est celui d’Aleister Crowley, qu’il a appelé Le Tarot de Thoth. Les directives qu’il a donné à la dessinatrice Lady Frieda Harris ont abouti à des cartes surchargées et confuses, à l’image de l’esprit plutôt dérangé de leur concepteur.

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Conclusion

A défaut d’une réponse sur le tarot d’origine, nous avons au moins la satisfaction de constater que des preuves authentiques des tarots d’ époques antérieures à la nôtre se sont transmises jusqu’à nous depuis 700 ans. A partir du moment où ils ont pu être produits en grandes quantités, les tarots sont devenus un élément de la vie quotidienne dans toute l’Europe et ailleurs.Et leur trace devient évidente.

Avec le 18e siècle, le tarot retrouve ses lettres de noblesse et devient un support pour la divination de plus en plus pratiqué. L’enthousiasme du 19e siècle pour l’occultisme, la pratique active de la lecture des cartes, le foisonnement d’écrits explicatifs sur cette pratique vont donner aux tarots un essor dans le monde entier et dans toutes les couches sociales.La présence du tarot devient familière, et la reconnaissance de son utilité divinatoire va persister au siècle suivant.

Aujourd’hui, les sciences (physique, psychologie, etc.) s’intéressent au tarot, et inversement les interprètes divinatoires des cartes se servent de toutes sortes de sciences pour enrichir leurs lectures des cartes.Les tarots , quels qu’ils soient, sont devenus une présence familière et font beaucoup parler d’eux.

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Références

(1) Visconti-Sforza Tarot Cards, https://www.themorgan.org/collection/tarot-cards, page consultée le 20/09/2019

(2) Tous les savoirs du monde : De l’humanisme au siècle des Lumières, http://classes.bnf.fr/dossitsm/humalumi.htm, page consultée le 20/09/2019

(3) Cartomancie, https://fr.wikipedia.org/wiki/Cartomancie, page consultée le 20/09/2019